Issac NGADANDE
Université de Yaoundé 1 / Cameroun — ngadandeisaac3@gmail.com
Chandel EBALE MONOZE
Université de Yaoundé 1 — cebalemoneze@yaho.fr
Résumé
La présente étude porte sur les adolescents ex-détenus et le développement de l’émotion négative : une étude menée à la prison centrale de N’Djamena. Le problème posé résulte du constat selon lequel les adolescents n’arrivent pas à s’adapter, ils se culpabilisent et sont stressés à la sortie de la prison. D’après la pré-enquête faite sur un échantillon de 50 adolescents à travers l’observation et une grille de questionnaire, il nous a été donné de constater que dans la famille et à l’école, les adolescents sortis de prison ont de la peine à réguler leurs émotions négatives. D’où la formulation de l’hypothèse générale : l’environnement carcéral favorise le développement de l’émotion de l’ex-prisonnier mineur. Cette dernière a été opérationnalisée en trois hypothèses spécifiques pour mieux orienter la recherche. En guise de méthodologie, un questionnaire a été élaboré et administré à cent cinquante (150) ex-prisonniers mineurs au hasard. Quatre théories ont été développées pour expliquer les hypothèses de cette recherche : la théorie de l’attachement selon Ainsworth (1960), postule que la qualité des liens affectifs précoces conditionne la capacité de l’individu à réguler ses émotions, une rupture de ces liens, comme celle provoquée par l’incarcération, engendre des vulnérabilités émotionnelles durables. La théorie de Rogers (1951) sur l’approche centrée sur la personne, soutient que tout individu possède une tendance actualisante qui ne peut se déployer qu’en présence d’un regard positif inconditionnel, l’absence de cette considération sociale et familiale après la libération génère chez l’adolescence une image dégradée de lui-même et des émotions négatives telles que la honte et la culpabilité. Le modèle de la hiérarchisation des besoins de Maslow (1954) établit que la frustration chronique des besoins fondamentaux : sécurité, appartenance et estime de soi conduit à l’adoption de stratégies adaptatives dysfonctionnelles ; le milieu carcéral, en privant durablement l’adolescent de ces besoins, constitue un terreau favorable au développement des émotions négatives. Enfin, la théorie de la fonction contenante de l’attention à l’autre de Mellier (2005) affirme qu’un environnement psychiquement contenant doit être capable d’absorber, de transformer et de restituer les états émotionnels de l’individu, l’environnement carcéral, marqué par la violence l’humiliation, est de cette fonction et expose l’adolescent à un débordement affectif incontrôlable . Le traitement des données s’est fait sur la base de la régression linéaire simple de FISHER à travers le logiciel SPSS 20.0. Les résultats de cette recherche sont : Concernant HR1, le modèle indique R = 0,238 et R² = 0,057, soit 5,7 % de la variance de la variable dépendante expliquée. Le test F de Fisher-Snedecor révèle F (1,148) = 8,899, p = 0,003 < 0,05, et le coefficient de régression est β = -0,198 (p = 0,003). HR1 est donc confirmée. Concernant HR2, le modèle indique R = 0,400 et R² = 0,160, soit 16 % de la variance expliquée. Le test F donne F (1,148) = 28,218, p = 0,000 < 0,05, et le coefficient β = 0,345 (p = 0,000). HR2 est confirmée. Concernant HR3, le modèle indique R = 0,373 et R² = 0,139, soit 13,9 % de la variance expliquée. Le test F donne F (1,148) = 23,939, p = 0,000 < 0,05, et le coefficient β = 0,357 (p = 0,000). HR3 est confirmée. En conséquence, notre recherche est soutenue empiriquement par les résultats obtenus.
Mots-clés : développement émotionnel, adolescent ex-détenu, prison centrale de N’Djamena.