Abbas ABAKAR ABBAS
Département des Sciences et Techniques de l’Information et de la Communication, Faculté des Langues, Lettres, Arts et Communication, Université de Ndjaména, Email : waldfanta@gmail.com
Résumé
Le Bassin du Lac-Tchad et le sahel constituent, depuis une décennie, des espaces majeurs de violences liées à des mouvements se réclamant de l’islam. Cet article analyse les relations entre discours religieux, pratiques communicationnelles et influence sociale, en cherchant à comprendre comment un même répertoire discursif peut contribuer à la cohésion communautaire ou, dans certains contextes, favoriser des trajectoires de radicalisation violente. Mobilisant les approches de la communication, de la sociologie religieuse et des études sur l’extrémisme violent, l’analyse examine les recompositions du champ islamique régional, marqué par la coexistence du soufisme confrérique, du réformisme salafi et de courants contestataires. Elle étudie ensuite l’évolution des modes de diffusion du message religieux, du prêche oral aux réseaux sociaux, en passant par la radio et les supports audiovisuels, en montrant comment des groupes tels que (Boko Haram, ISWAP, JNIM)[1] ou État Islamique au Grand Sahara (EIGS) ou encore (ISSP)[2], ont investi ces outils pour construire des récits identitaires concurrents de ceux des États. L’étude met en évidence l’interaction de facteurs socio-économiques, politiques, environnementaux et symboliques dans les processus de radicalisation, tout en soulignant la diversité des contextes nationaux. Elle montre enfin les limites des réponses exclusivement sécuritaires et insiste sur l’importance des stratégies de prévention, de contre-discours et d’implication des acteurs religieux légitimes dans la régulation des espaces sociaux et numériques. Cette approche propose ainsi une lecture nuancée, évitant tout déterminisme religieux ou technologique.
Mots-clés : islam ; communication religieuse ; influence sociale ; radicalisation ; Bassin du Lac Tchad ; Sahel ; contre-discours.
[1] https://www.rfi.fr/fr/en-bref/20250526-ouest-du-niger-au-moins-une-quarantaine-de-soldats-des-forces-sp%C3%A9ciales-tu%C3%A9s-%C3%A0-eknewane-dans-une-attaque-jihadiste-selon-des-sources-non-officielles-et-s%C3%A9curitaires, Boko Haram : Le Groupe sunnite pour la prédication et le jihad, plus connu sous le surnom de (Boko Haram), est un mouvement d’idéologie salafiste jihadiste. Formé en 2002 à Maiduguri, dans le nord-est du Nigeria ; ISWAP : Islamic State’s West Africa Province, dissident de Boko Haram. C’est un groupe armé salafiste jihadiste affilié à l’État islamique en 2016 ; JNIM en arabe : Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, est une organisation militaire, d’idéologie salafiste jihadiste, formée en 2017 pendant la guerre du Mali, de la fusion des groupes : Ansar Dine, Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) dans le Sahel, de la Katiba Macina et d’Al-Mourabitoun.
[2] L’État Islamique au Grand Sahara (EIGS) ou depuis 2019 Etat Islamique au Sahel (ISSP) a été formé en 2015.
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