Teumobé PABONG1, Tatoloum AMANE2 et Mounkang SOULOUKNA3
1Université de N’Djaména
2Maitre des Conférences CAMES, Université de N’Djamena -TCHAD.
3Enseignant chercheur à l’Université de Mongo
Résumé
Dans le département de Mamdi, au cœur de la province du Lac, les polders nés du retrait progressif des eaux depuis les années 1970 concentrent un potentiel agronomique rare. Trois dynamiques s’y télescopent : une croissance démographique qui ne fléchit pas (2,8 % par an), un dérèglement climatique qui durcit la compétition pour des terres fertiles devenues rares et l’empreinte persistante de Boko Haram, dont les incursions ont déplacé des populations entières et brouillé jusqu’aux repères fonciers les mieux établis. De cette conjonction résulte une insécurité foncière tenace dont notre enquête auprès de 128 ménage agricole par échantillonnage aléatoire stratifié, complétée par entretiens semi- directifs, trois focus groups, des observations de terrain et une analyse diachronique d’image Landsat a permis de mesurer l’ampleur réelle. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 69,5% des ménages ont connu au moins un conflits foncier ces cinq dernières années et 81,3% d’entre eux en subissent des répercussions productives mesurables. Les surfaces irriguées ont reculé de 17% entre 2005 et 2022 ; les rendements, chez les ménages en conflit chutent de 22 à 34%. Les différends opposant agriculteurs et éleveurs dominent (53,9 %). Trois logiques s’enchevêtrent ainsi pour produire cette fragilité : un pluralisme juridique, une pression écologique et démographique croissante, et le traumatisme sécuritaire légué par l’extrémisme violent ce qui appelle une refonte de la gouvernance foncière articulant cadastre participatif, droits des femmes et gestion concertée des polders.
Mots-clés : conflits fonciers, polders, sécurité alimentaire, Boko Haram, gouvernance foncière