Akissi Marie-Noëlle KOUAMÉ
Institut National Supérieur des Arts et de l’action Culturelle (Abidjan), Email : marinoakis@gmail.com
Résumé
À l’échelle mondiale, plus d’un milliard de personnes vivent avec un trouble mental et le suicide demeure une cause majeure de mortalité chez les jeunes. En Côte d’Ivoire, la faiblesse de l’offre conventionnelle favorise le recours massif aux structures non conventionnelles, au premier rang desquelles les camps de prière. Cet article interroge les constructions sociales de la santé mentale et les recours thérapeutiques mobilisés, à partir d’une enquête mixte menée dans un camp de prière de N’Douci : 35 entretiens semi-directifs et 250 questionnaires. Les résultats montrent que la souffrance psychique reste largement euphémisée, contenue par des normes de force et de retenue, et interprétée d’abord à l’aune de causes relationnelles ou spirituelles avant d’être reconnue comme un problème de santé. La combinaison de plusieurs recours thérapeutiques, observée dans 64,8 % des cas, illustre un pluralisme médical assumé où famille, religieux, tradipraticiens et biomédecine se succèdent ou se superposent. Le coût des soins, cité par 86 % des enquêtés, constitue le premier obstacle à l’accès aux structures conventionnelles, tandis que la peur du jugement social pèse sur les personnes ayant fait une tentative de suicide. L’étude conclut à la nécessité d’une politique de santé mentale communautaire qui reconnaisse le pluralisme thérapeutique plutôt que de l’ignorer.
Mots clés : santé mentale ; représentations sociales ; camp de prière de N’Douci ; pluralisme thérapeutique ; stigmatisation ; inégalités d’accès aux soins