Touobawènèkaon Maximin SOMDA, Université Nazi BONI, Bobo-Dioulasso, Burkina Faso.
somdatm@gmail.com
Joël DABIRÉ, Université Nazi BONI, Bobo-Dioulasso, Burkina Faso.
joeldabire24@yahoo.com
Résumé :
Ce travail examine la construction sociale de la nature comme patrimoine collectif dans les villages de Konrombèrè et de Tani (province du Nayala, Burkina Faso). Dans un contexte de dégradation des terroirs et de crise environnementale, la patrimonialisation apparaît comme un processus qui articule mémoire, usages et gouvernance locale. La recherche repose sur une approche qualitative qui vise à comprendre les représentations et pratiques des communautés rurales. Les données ont été collectées à travers des entretiens semi-directifs, une grille d’observation et une analyse documentaire. Le traitement des données s’est appuyé sur l’analyse de contenu des discours recueillis, permettant de dégager les significations attribuées à l’environnement et aux logiques de patrimonialisation. Les résultats montrent que la terre et les ressources naturelles sont perçues comme des biens communs qui sont transmis de génération en génération et investis de valeurs identitaires et spirituelles. Les représentations sociales associent l’environnement à la présence des ancêtres et des esprits protecteurs, ce qui fonde des pratiques rituelles et des interdits qui renforcent la conservation. Les usages quotidiens confèrent à la nature une utilité matérielle qui s’ajoute à sa valeur symbolique. La gouvernance locale repose sur l’imbrication des normes coutumières (totems, interdits, sacrifices) et des politiques publiques de conservation, produisant des compromis entre tradition et modernité. La patrimonialisation de l’environnement illustre ainsi une double dynamique : mémoire collective et usages pratiques, qui légitiment la protection des ressources et renforcent la cohésion sociale. En conclusion, ces résultats montrent que la nature devient patrimoine parce qu’elle est simultanément ressource vitale, mémoire identitaire et objet de régulation communautaire. De même, les parcours pastoraux, les points d’eau et les zones de pâturage sont eux-mêmes patrimonialisés, car ils assurent la continuité des pratiques d’élevage et participent à la cohésion sociale entre agriculteurs et éleveurs.
Mots clés : Patrimonialisation, Gouvernance, Mémoire collective,Normes coutumières, Konrombèrè, Tani, Burkina Faso.