ZOUKALNE PATEDJORE1 et TATOLOUM AMANE2
1Doctorant en Sciences Géographiques, Université de N’Djaména, Tchad,
2Maître de Conférences (CAMES), Département de Géographie, Université de N’Djaména, Tchad, tatoloum1@yahoo.fr
Résumé
Cet article traite, dans une perspective géo-historique, de l’évolution du titre foncier au Tchad sur une période d’un siècle, depuis l’époque coloniale jusqu’à la période contemporaine. Il défend l’idée que les transformations de cet instrument juridique et technique constituent un indicateur pertinent des conceptions successives de l’État, de la souveraineté et des relations entre pouvoir central et sociétés locales. En retraçant les principales étapes de cette trajectoire, de l’introduction du système d’immatriculation inspiré du modèle Torrens durant la colonisation française à la crise actuelle de légitimité et de confiance, l’analyse met en évidence le passage du titre foncier d’un outil d’organisation administrative, ayant contribué à l’effacement des droits coutumiers, à un objet stratégique au cœur des rapports de pouvoir, des processus d’appropriation foncière et des tensions sociales dans le Tchad contemporain. L’étude repose sur une exploitation croisée d’archives, de textes juridiques et d’observations de terrain, afin de montrer que l’histoire du titre foncier s’inscrit plus largement dans les dynamiques de formation de l’État tchadien et dans les contradictions qui caractérisent son action.
Mots-clés : Tchad, titre foncier, gouvernance foncière, droit coutumier, colonialisme, conflits.