ABAKAR MAHAMAT HASSABALLAH
Université de N’Djaména
Résumé
L’interdisciplinarité constitue aujourd’hui une piste majeure pour repenser la réforme du baccalauréat tchadien, organisé par l’Office National des Examens et Concours du Supérieur (ONECS). Le système actuel, fortement structuré autour de disciplines cloisonnées, privilégie la mémorisation des connaissances au détriment du développement de compétences transversales. Cette approche montre ses limites face aux défis contemporains, qui nécessitent des capacités d’analyse globale, de résolution de problèmes complexes et d’adaptation à des contextes variés. En intégrant plusieurs disciplines autour de problématiques concrètes, l’interdisciplinarité permet de donner du sens aux apprentissages et de les ancrer dans les réalités socio-économiques du Tchad. Elle favorise ainsi l’émergence de compétences essentielles telles que l’esprit critique, la créativité, la collaboration et la prise d’initiative. Cette démarche s’appuie sur des fondements théoriques solides, notamment le socioconstructivisme de Lev Vygotsky, qui met l’accent sur l’apprentissage par interaction, ainsi que la pensée complexe d’Edgar Morin, qui valorise l’interconnexion des savoirs. Dans le cadre du baccalauréat, l’introduction de l’interdisciplinarité pourrait prendre plusieurs formes : épreuves intégrées, études de cas, projets de recherche ou encore un grand oral évaluant les capacités d’argumentation et de synthèse des élèves. Ces innovations permettraient de mieux préparer les apprenants aux exigences de l’enseignement supérieur et du marché du travail. Toutefois, cette réforme pose des défis importants, notamment en matière de formation des enseignants, de révision des programmes et de disponibilité des ressources pédagogiques. Elle nécessite également une évolution des pratiques d’évaluation et une forte volonté institutionnelle. Malgré ces contraintes, l’interdisciplinarité représente une opportunité stratégique pour améliorer la qualité de l’éducation au Tchad, renforcer la pertinence des apprentissages et favoriser l’employabilité des diplômés dans un contexte en mutation.
Mots clés : Interdisciplinarité, Réforme, Baccalauréat, Tchad