Résumé
Cet article propose une analyse sociohistorique des politiques laitières au Burkina Faso en les replaçant dans une double tension : celle entre la souveraineté alimentaire revendiquée et la dépendance structurelle aux importations de lait en poudre. À partir d’une démarche ancrée dans la sociologie des politiques publiques, les auteurs retracent l’évolution des politiques d’élevage, depuis les interventions coloniales axées sur la santé animale jusqu’aux approches contemporaines intégrant chaînes de valeur, plateformes d’innovation et gouvernance participative.
Malgré une volonté étatique récurrente de développer la filière lait, l’étude montre que les politiques publiques sont restées largement technocratiques, peu adaptées aux contextes sociaux locaux, et souvent dominées par des logiques néolibérales ou des injonctions externes. Le développement du lait local est freiné par la prévalence du lait en poudre subventionné, massivement importé et utilisé, même par les transformateurs « locaux ».
Les efforts de structuration (ex. : PNDEL, PDEL-ZPO, IPROLAIT, PIL) peinent à faire émerger un modèle de développement inclusif, en raison de conflits de légitimité entre grandes unités industrielles et petits producteurs, d’une gouvernance fragmentée et d’un déséquilibre profond entre modèles économiques. Par ailleurs, la dimension culturelle du lait, notamment chez les communautés peules, reste marginalisée dans les dispositifs institutionnels.
L’article plaide pour une refonte des politiques publiques : reconnaissance des producteurs informels, protection fiscale du lait local, dispositifs contractuels équitables, valorisation symbolique du lait cru. Il s’agit de sortir d’une vision purement économique pour considérer la filière comme un enjeu de justice sociale, d’autonomie alimentaire et de reconnaissance identitaire.
Mots clés : Filière laitière, Politiques publiques, Souveraineté alimentaire, Lait local, Burkina Faso